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Réactivité canine : je suis éducatrice canine… et je ne veux pas d’un chien réactif

10 sept.
16 min de lecture
Chien de chasse en harnais, tenu en laisse, regarde un cycliste sur un trottoir d’automne bordé d’arbres.

Cette semaine, j’ai dit très sérieusement à mon chum :

Moi, je ne veux pas d’un chien réactif. Ça serait bien le bout de la marde. Je passe mes semaines à aider les autres avec ça, j’aimerais ça ne pas avoir à dealer avec ça chez nous !

Et puis, quelques jours plus tard, Nukka s’est chargé de me rappeler une évidence que l’éducatrice canine en moi connaît pourtant très bien : j’ai adopté un être vivant !


Au bout de sa laisse, mon jeune braque allemand tissait d’un côté à l’autre du chemin comme s’il hésitait entre une compétition de canicross, une mission de recherche olfactive et la poursuite hautement stratégique d’une feuille morte. Il voulait sentir ici, partir là-bas, observer ceci, rejoindre cela. La promenade fluide et contemplative digne d’un film de Walt Disney pouvait manifestement attendre.


Je l’ai regardé faire et je me suis posé une question qui paraît toute simple, mais qui l’est beaucoup moins lorsqu’on commence à la décortiquer : qu’est-ce que la réactivité canine, au juste ? Parce que le mot est partout. On le retrouve sur les réseaux sociaux, dans les groupes Facebook, dans les conversations entre propriétaires de chiens et, évidemment, dans nos consultations en comportement canin. Un chien aboie sur un autre chien : réactif. Il tire pour aller rencontrer quelqu’un : réactif. Il s’excite devant un écureuil : réactif. Il grogne lorsqu’un chien s’approche : réactif.


À force d’utiliser le même mot pour décrire des réalités complètement différentes, nous risquons pourtant d’oublier l’essentiel : un comportement ne nous raconte jamais, à lui seul, toute l’histoire du chien qui le produit.


Réactivité canine : réagir ne signifie pas nécessairement être un chien réactif

La réaction fait partie du vivant, car elle est une réponse ou une opposition à une action, un événement ou un stimulus extérieur. (Larousse)


Nous-mêmes passons nos journées à réagir à notre environnement, souvent bien avant d’avoir eu le temps d’y réfléchir consciemment. Une voiture freine brusquement devant nous et notre corps se tend. Quelqu’un nous surprend par-derrière et nous sursautons. Une odeur réveille un souvenir. Un bruit nous agace. Une personne nous inquiète tandis qu’une autre nous attire.


Nous percevons, nous vivons des émotions et nous réagissons !


Pourquoi demanderions-nous à une autre espèce de traverser le monde dans une parfaite neutralité émotionnelle ? Un chien observe un congénère et ralentit. Un chiot aperçoit une feuille qui roule dans le vent et veut lui courir après. Une odeur traverse le trottoir et notre existence perd soudainement beaucoup d’importance. Un vélo arrive rapidement et le chien se retourne. Un autre chien apparaît au loin et son corps change. Il se passe quelque chose et heureusement. Je serais probablement beaucoup plus inquiète devant un chien complètement déconnecté de son environnement que devant Nukka qui trouve momentanément qu’un papillon mérite davantage son attention que mes ambitions pédagogiques.


Lorsque je dis que je ne veux pas d’un chien réactif, je ne parle donc pas d’un chien qui ne réagit jamais. J'aime trop les chiens vivants et débordants d'énergie. Dans mon langage d’éducatrice canine, je m’intéresse davantage aux chiens dont certaines réactions deviennent si intenses que leur capacité à composer avec la situation se trouve sérieusement diminuée. L’émotion prend énormément de place, les comportements s’intensifient, les possibilités de réponse semblent se réduire et le retour vers un état plus fonctionnel peut devenir difficile.


Cette distinction change complètement la question. Au lieu de demander uniquement « Mon chien est-il réactif ? », j’ai envie que nous apprenions à nous poser les questions suivantes : « Comment mon chien vit-il cette réaction, et que se passe-t-il ensuite ? »


Chiot brun et blanc en laisse, tirant sur le trottoir d’automne, suivi par une personne en leggings et baskets.

Peur, frustration, excitation : que cache la réaction du chien ?

Deux chiens peuvent aboyer et bondir au bout de leur laisse devant un autre chien et produire, aux yeux d’un observateur, une scène pratiquement identique.


Pourtant, l’un peut chercher à éloigner quelque chose qui l’inquiète, tandis que l’autre voudrait désespérément s’en approcher et vit très mal le fait que la laisse l’en empêche. Un troisième peut être dans un état d’excitation extrêmement élevé. Chez un autre encore, plusieurs motivations et émotions peuvent se chevaucher jusqu’à devenir difficiles à distinguer.


C’est là que l’étiquette « chien réactif » montre rapidement ses limites. Le comportement visible constitue une information précieuse, mais il n’est qu’une partie du portrait. Pour aider réellement un chien, nous devons nous intéresser au contexte dans lequel le comportement apparaît, à ce qui le précède, à sa fonction possible, à son intensité et à ce qui arrive lorsque le déclencheur disparaît.


Voilà pourquoi j’aime observer ce qui se passe avant, pendant et après :

À quelle distance le chien commence-t-il à changer ? Son corps se tend-il ? Peut-il encore explorer, renifler, manger, communiquer, regarder ailleurs ou prendre une autre décision ? Quelle est l’intensité de sa réaction ? Et lorsque le déclencheur disparaît, que devient le chien ?


Un chien qui sursaute et aboie deux fois devant quelque chose d’inattendu, puis s’éloigne et reprend calmement l’exploration de son environnement ne raconte pas nécessairement la même histoire qu’un chien qui aperçoit un congénère au loin, se fige, monte progressivement en tension, explose lorsqu’il approche et demeure profondément activé longtemps après sa disparition.


Sur une vidéo de huit secondes publiée sur les réseaux sociaux, les deux pourraient pourtant recevoir exactement la même étiquette : Réactif !


Et cette étiquette, utilisée seule, ne nous dit rien sur ce dont ces deux chiens ont réellement besoin.


Génétique et réactivité canine : bien plus qu’une simple histoire de race

Il y a une dimension dont nous ne pouvons pas faire abstraction lorsque nous parlons de comportement canin : la génétique. Et lorsque je parle de génétique, je ne parle pas simplement du nom de la race inscrit sur un pedigree.


Bien avant que notre chiot entre dans notre maison à huit, dix ou douze semaines, son histoire a déjà commencé. Il est issu de deux individus possédant leur propre tempérament et leur propre patrimoine génétique, eux-mêmes issus d’une lignée dans laquelle certains traits et certaines aptitudes ont été sélectionnés, volontairement ou non, au fil des générations.


Selon les populations et les lignées, cette sélection a pu notamment favoriser des aptitudes particulières au travail, la recherche, la poursuite, la conduite d’un troupeau, la coopération avec l’humain, la persistance dans une tâche ou la sensibilité à certains éléments de l’environnement.


Tous les Border Collies ne sont pas interchangeables parce qu’ils sont Border Collies. C’est le même principe que pour tous les labradors, les Bergers australiens ou les Braques.


La race nous raconte une partie de l’histoire. La lignée, les parents et l’individu nous en racontent d’autres.


Les travaux modernes en génétique comportementale canine illustrent bien cette complexité. Dans une vaste étude publiée dans Science en 2022 à partir de données portant sur plus de 18 000 chiens, Morrill et ses collaborateurs ont observé une héritabilité pour plusieurs traits comportementaux, tout en montrant que la race, à elle seule, constituait un prédicteur relativement faible du comportement d’un individu. La race expliquait environ 9 % de la variation comportementale observée entre les chiens étudiés.

Ce chiffre mérite cependant d’être interprété correctement.


Il ne signifie pas que « la génétique compte pour seulement 9 % ». Race et génétique ne sont pas synonymes. Il nous rappelle plutôt qu’un nom de race est un outil beaucoup trop grossier pour prédire à lui seul le comportement du chien qui se trouve devant nous.

J’aurais donc envie de poser beaucoup plus de questions.


D’où vient ce chien ? Pour quelles aptitudes ses ascendants ont-ils été sélectionnés ? Que savons-nous du tempérament de ses parents ? De sa lignée ? Dans quelles conditions ses premières semaines se sont-elles déroulées ? Qu’a-t-il eu l’occasion de voir, d’entendre, de sentir, de toucher et d’explorer avant même d’arriver chez nous ?


Parce qu’ici, une autre histoire vient se superposer à celle de la génétique : celle du développement précoce.


Le chiot qui arrive chez nous a déjà une histoire

Un chiot n’arrive jamais chez nous comme une page blanche et cette idée n’est pas simplement philosophique. Une revue scientifique consacrée au développement comportemental du chien souligne l’importance potentielle des expériences précoces, notamment les soins maternels, l’attachement et la socialisation, et surtout les interactions complexes entre ces différentes dimensions du développement.


D’autres travaux ont étudié plus précisément les soins maternels. Chez des Bergers allemands issus d’un programme de chiens de travail, Foyer et ses collaborateurs ont observé des associations entre les différences de soins maternels durant les premières semaines et certains aspects du tempérament évalués plus tard chez les descendants.

Plus récemment encore, une étude publiée en 2026 a suivi 235 chiots issus de 59 portées jusqu’à l’âge de 16 mois. Les chercheurs ont retrouvé des associations entre certains aspects des soins maternels, le milieu d’élevage et différentes mesures cognitives ou comportementales observées chez les chiots.


Cela ne nous autorise évidemment pas à regarder un chien adulte et à décréter que sa mère est responsable de ses difficultés. La science du comportement est beaucoup plus complexe que cela. Mais cela nous rappelle quelque chose de fondamental : les semaines qui précèdent l’adoption comptent elles aussi.


Le vétérinaire comportementaliste Joël Dehasse écrivait déjà sur le développement sensoriel, émotionnel et relationnel du chiot et sur l’importance de l’interaction entre maturation neurologique et environnement. Les connaissances ont évolué depuis ses premiers travaux, mais cette idée d’un développement construit dans l’interaction entre biologie et expériences demeure particulièrement pertinente.


Lorsque notre chiot quitte son milieu d’élevage, il possède donc un patrimoine génétique, mais aussi plusieurs semaines d’histoire. Il a vécu une gestation, une naissance, des interactions maternelles et fraternelles, un environnement physique particulier et différentes expériences sensorielles et sociales et puis il arrive chez nous.


Chercher à déterminer ensuite si un comportement est « génétique OU environnemental » devient rapidement une fausse opposition.


La question beaucoup plus intéressante est de comprendre comment la génétique de cet individu, son développement, ses apprentissages et son environnement actuel interagissent pour produire ce que nous observons aujourd’hui.


La génétique distribue certaines cartes. Les premières expériences commencent déjà à jouer avec elles. Et lorsque le chien arrive chez nous, la partie est commencée depuis longtemps.


Quand un chien de travail rencontre notre monde moderne

J’ai déjà accompagné un magnifique Border Collie. Il était intelligent, attachant et formidable avec l’humain. Il provenait d’une lignée de chiens qui travaillaient réellement sur une ferme, auprès des troupeaux, et avait lui-même passé ses premières semaines dans cet environnement rural. Les chiots avaient grandi dans des boxes à chevaux et leur univers quotidien était celui d’une ferme.


Puis ce chien s’est retrouvé dans la couronne de Montréal. Dans le tumulte des voitures, des vélos, des enfants qui courent, des chiens en laisse, des chats partout, du mouvement partout, souvent rapide, imprévisible et surtout impossible à contrôler.


Et le mouvement était précisément quelque chose qui avait une immense valeur pour lui.

Je ne pourrais évidemment pas prendre son pedigree, pointer un gène du doigt et déclarer : « Voilà pourquoi ce chien réagit aux vélos. » Ce serait scientifiquement absurde. Je ne pourrais pas davantage affirmer que son enfance à la ferme avait causé ses difficultés en milieu urbain, mais ignorer son histoire aurait été tout aussi absurde.


Chez ce chien, nous avions un individu appartenant à une population sélectionnée depuis des générations pour certaines aptitudes, issue d’une lignée réellement utilisée pour le travail, ayant vécu ses premières expériences dans un environnement très différent de celui dans lequel il devait maintenant évoluer et confronté à un milieu particulièrement riche en mouvements et en stimuli. Bref, son comportement n’existait pas dans le vide.


Nos villes ont changé… mais nos attentes envers les chiens sont-elles réalistes?

Je suis une fille d'origine montréalaise et, lorsque je repense aux chiens que je croisais en ville il y a quelques décennies, mon souvenir du paysage canin est assez différent de celui d’aujourd’hui.


Je me rappelle beaucoup de petits chiens de compagnie, des Lhasa Apso, des Poméraniens, des Labradors, des Golden Retrievers et des Caniches. Les Border Collies, dans mon imaginaire de jeune Montréalaise, appartenaient davantage aux campagnes. Les chiens de berger, je les voyais sur les fermes. Quant au Berger Allemand, sa présence évoquait encore facilement le chien policier ou le chien de travail.


Aujourd’hui, il n’est pas particulièrement étonnant de croiser dans un quartier résidentiel un Border Collie, un Berger Australien, un Malinois, un Husky, un braque ou différents chiens issus de lignées sélectionnées pour des activités qui demandaient énormément de mouvement, d’endurance, de sensibilité à l’environnement ou de prise d’initiative.

Je ne prétends pas que cette transformation du paysage canin explique à elle seule l’impression que nous rencontrons davantage de chiens présentant des difficultés comportementales. Mon observation personnelle, même accumulée pendant des décennies, ne devient pas une preuve scientifique simplement parce qu’elle semble cohérente, mais elle soulève une question que je trouve beaucoup plus intéressante :

Avons-nous adapté nos attentes aux chiens avec lesquels nous choisissons maintenant de vivre ?


Parce que l’être humain a sélectionné des chiens capables de remarquer le mouvement, de poursuivre, de chercher, de flairer, de contrôler, de prendre des initiatives et de travailler pendant des heures. Puis nous les installons dans nos maisons, nos condos et nos quartiers et nous leur demandons parfois de marcher quarante-cinq minutes sur un trottoir, au bout d’une laisse de six pieds, sans tirer vers une odeur, sans s’émouvoir du vélo, sans poursuivre l’écureuil, sans trop regarder le chien qui arrive en sens inverse et, idéalement, sans interrompre notre trajectoire.


Tout cela pendant que des voitures passent, que des enfants courent, qu’un camion recule, qu’un chien aboie derrière une clôture et que son humain consulte son téléphone.

Puis nous sommes surpris que l’apprentissage demande du travail. Il faut parfois avoir un certain sens de l’humour. Pour ne pas dire beaucoup.


Chien réactif en laisse : le fantasme de la promenade parfaite

Je pense qu’il existe une véritable utopie autour de la marche en laisse. Nous avons tous vu cette personne marcher tranquillement dans le quartier pendant que son chien trottine à côté d’elle, la laisse formant ce magnifique petit « U » que nous aimons tant enseigner comme un sourire. Le soleil brille probablement, les oiseaux chantent et, quelque part au loin, un violon joue doucement. J’exagère à peine ! Puis nous regardons notre propre chien, actuellement occupé à essayer de sentir simultanément les deux côtés du trottoir, et nous nous demandons où nous avons raté notre vie.


Ce que nous oublions, c’est que nous ne voyons que la pointe de l’iceberg. Nous ignorons les centaines de promenades précédentes, l’âge du chien, son tempérament, ses expériences, son état émotionnel, sa génétique, les apprentissages réalisés et les environnements choisis. Nous ne savons même pas si ce chien marche ainsi partout ou seulement dans cette rue qu’il connaît depuis six ans.


Surtout, nous oublions que la promenade que nous imaginons agréable n’est pas nécessairement celle que notre chien choisirait. Nous voulons avancer en ligne droite tandis qu’il habite un monde d’odeurs. Nous voulons parcourir trois kilomètres; il voudrait probablement consacrer sept minutes à l’analyse médico-légale d’un seul buisson. Nous voulons « le fatiguer »; il veut explorer, chercher, observer et comprendre.

Les deux projets peuvent cohabiter, mais encore faut-il reconnaître qu’ils ne sont pas identiques.


Réactivité canine et marche en laisse : quand vouloir dépenser son chien ajoute du stress

C’est une situation que je rencontre régulièrement en consultation : des humains sincèrement investis, qui font énormément d’efforts pour répondre aux besoins de leur chien, mais pour qui chaque promenade est progressivement devenue un calvaire.


Alors ils marchent davantage parce qu’un chien doit dépenser son énergie. Le chien rencontre davantage de situations qu’il peine à gérer, accumule de l’excitation ou du stress et l’humain commence lui aussi à anticiper chaque coin de rue. La laisse raccourcit lorsqu’un chien apparaît. L’humain scrute l’horizon. Le chien devient vigilant. Son humain également. Et bientôt, deux mammifères passablement tendus parcourent le quartier ensemble dans l’espoir que cette activité soit bonne pour leur santé.


C’est parfois à ce moment qu’une question extrêmement simple transforme notre façon de voir les choses : et si cette promenade n’était pas, pour l’instant, la meilleure façon de répondre aux besoins de ce chien ?


Un univers beaucoup plus vaste s’ouvre alors : exploration dans des endroits plus tranquilles, activités olfactives, recherche, mastication, mouvement dans des environnements sécuritaires, activités physiques adaptées, apprentissages réalisés dans des contextes où le chien demeure disponible et activités correspondant davantage à ses motivations naturelles.


Il ne s’agit pas nécessairement de renoncer à la promenade. Il s’agit de cesser d’en faire l’unique étalon avec lequel nous mesurons la qualité de vie, l’éducation ou la dépense énergétique d’un chien. La promenade de quartier n’a pas besoin de devenir le champ de bataille quotidien sur lequel nous mesurons sa réussite.


Inhiber un comportement n’est pas nécessairement réguler une émotion

Cette distinction est probablement l’une des plus importantes de tout cet article. Lorsqu’un comportement nous dérange, notre réflexe humain consiste naturellement à vouloir le faire cesser. Le chien aboie, bondis, grogne, tire ou vocalise et notre attention se dirige immédiatement vers ce que nous pouvons voir et entendre.


Or, faire diminuer un comportement observable et modifier l’état émotionnel qui contribue à son apparition sont deux objectifs différents. Et il faut éviter de confondre obéissance et gestion des émotions.


Un comportement peut être influencé par ses conséquences. C’est l’un des principes fondamentaux de l’apprentissage. Il est donc possible d’obtenir une diminution d’un comportement sans avoir nécessairement résolu l’émotion, le conflit ou l’inconfort qui participait à son apparition. Cette distinction devient particulièrement importante lorsqu’on utilise des méthodes aversives.


Une étude publiée en 2020 a suivi 92 chiens de compagnie provenant de sept écoles utilisant, à différents degrés, des méthodes basées sur les récompenses ou des méthodes aversives. Les chiens provenant des écoles utilisant davantage de méthodes aversives présentaient notamment davantage de comportements associés au stress et des états corporels plus tendus pendant l’entraînement. Dans le groupe utilisant une forte proportion d’aversifs, les chercheurs ont également observé une augmentation plus importante du cortisol après les séances et des résultats suggérant un état affectif plus pessimiste lors d’un test de biais cognitif.


Selon l’American Veterinary Society of Animal Behavior, il est préférable d’utiliser des méthodes axées sur les récompenses pour l’entraînement et la modification des comportements problématiques, car elles présentent moins de risques que les méthodes aversives.


Cela ne signifie pas qu’un chien qui cesse d’aboyer a subi une « suppression émotionnelle », et cela ne veut pas non plus dire qu’il faut laisser aller toute manifestation comportementale. Ce serait remplacer un raccourci par un autre. Cela signifie quelque chose de beaucoup plus simple : le silence n’est pas une mesure suffisante du bien-être.


Personnellement, je ne cherche donc pas seulement à obtenir un chien qui produit moins de comportements dérangeants. Je cherche à éclairer la façon dont ce chien perçoit cette expérience, ce qu’il en retient et quelles aptitudes nous pouvons développer pour l’aider à mieux faire face à cette situation la prochaine fois.


Aider un chien réactif : travailler avec l’émotion et non contre elle

Lorsque l’activation émotionnelle devient très importante, le répertoire comportemental du chien peut se modifier considérablement. C’est souvent ce que nous essayons de décrire, dans notre jargon professionnel, lorsque nous parlons de travailler « sous le seuil ».


Je préfère cependant imaginer ce seuil comme un continuum plutôt que comme une ligne magique tracée quelque part sur le trottoir. Le cerveau ne possède évidemment pas un interrupteur qui passe soudainement de vert à rouge. Plus l’émotion monte, plus certaines réponses peuvent devenir difficiles, tandis que d’autres peuvent devenir extrêmement probables. C’est pourquoi la distance peut devenir un outil d’apprentissage extraordinairement puissant.


S’éloigner n’est pas « céder au chien ». Éviter temporairement certaines situations n’est pas nécessairement fuir le problème. Aménager l’environnement pour empêcher un chien de répéter quotidiennement une réaction qu’il n’est pas encore capable de gérer peut faire partie intégrante d’un véritable plan d’intervention.


Nous ne construisons pas la résilience en plongeant systématiquement un individu dans ce qu’il ne sait pas encore traverser. Nous lui permettons plutôt d’accumuler progressivement des expériences qu’il possède les ressources nécessaires pour vivre.


Chiot brun assis en laisse sur un trottoir d’automne, regardant une personne s’éloigner.

Prévenir la réactivité chez le chiot : accompagner plutôt que contrôler

Et me voilà revenue à Nukka. C'est encore un bébé. Il est jeune. Il explore, teste, découvre et apprend les règles parfois franchement étranges du monde humain. Il ne sait pas spontanément ce qu’est une laisse. Il ne comprend pas pourquoi cette merveilleuse odeur devrait être abandonnée simplement parce que j’ai décidé de continuer à avancer. Il peut s’exciter, tirer, être frustré, hésiter, avoir peur et faire de mauvais choix. Parfois, il ressemble beaucoup moins au chien d’une éducatrice canine qu’à un spaghetti muni de quatre pattes et c’est correct.


Mon travail n’est pas de lui enlever ses émotions ni de fabriquer un chien qui traverse le monde sans jamais rien ressentir. Malgré mes années d’expérience, je ne peux pas davantage garantir que Nukka ne développera jamais une difficulté comportementale. La génétique existe, le tempérament individuel existe, la santé, le développement, les apprentissages, l’environnement et les événements imprévus existent également.


Être éducatrice canine ne me donne pas un contrôle absolu sur le vivant.


Ce que je peux faire, en revanche, c’est construire autour de lui un environnement qui favorise son développement, observer ses réactions sans immédiatement les transformer en étiquettes, respecter certaines limites, lui apprendre progressivement à composer avec la frustration et lui permettre d’explorer suffisamment le monde pour développer de nouvelles compétences.


Je peux essayer de répondre aux besoins du chien que j’ai réellement devant moi plutôt qu’à ceux du chien idéal que j’aurais pu imaginer. Je peux l’aider lorsqu’une émotion devient trop grande. Et surtout, petit à petit, je peux lui montrer qu’il existe des chemins pour revenir.

Chien à poil moucheté assis sur un canapé d’extérieur gris, regard tourné à droite, dans un jardin verdoyant.

La réactivité canine ne se résume pas à faire disparaître une réaction

Parce qu’au fond, lorsque je dis que je ne veux pas d’un chien réactif, je crois que c’est surtout cela que je veux dire. Je ne veux pas d’un chien qui ne réagit jamais. Je veux un chien capable de regarder le monde, d’être surpris par lui, de s’enthousiasmer, d’avoir peur parfois, d’être frustré, de s’exciter, de faire de mauvais choix et de vivre toutes ces émotions qui appartiennent aux êtres vivants sans systématiquement s’y perdre.


Et peut-être que notre rôle auprès de nos chiens n’est pas de leur apprendre à ne plus réagir au monde.


Peut-être est-ce plutôt de leur donner suffisamment de sécurité, d’expériences et d’outils pour qu’après avoir réagi au monde, ils puissent tranquillement y revenir.


Pour aller plus loin — références et lectures

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