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Camping avec son chien au Québec : apprendre à voyager à son rythme

5 sept.
11 min de lecture

Deux chiens de camping près d’une caravane Jayco : un braque en harnais violet rcpets assis, un berger australien couché.
Nukka et Chandler en camping

Il y a des endroits dont on parle facilement et d'autres qu'on garde un peu plus près de soi, comme si le simple fait de prononcer leur nom trop fort risquait d'en troubler le silence.

Quand on me demande où nous partons en vacances avec nos chiens, j'avoue que j'ai souvent cette petite hésitation. Pas parce que l'endroit est réellement secret — il est parfaitement possible de le trouver sur une carte — mais parce qu'une partie de moi aimerait préserver encore longtemps ce sentiment étrange et précieux d'arriver au bout d'un chemin forestier et de découvrir un lac presque désert, une forêt qui semble n'avoir besoin de personne et suffisamment de silence pour entendre autre chose que le bruit du quotidien.


Depuis plusieurs années, une partie de nos vacances se déroule dans la réserve faunique du Saint-Maurice, en Mauricie, plus précisément au camping du lac Normand, où certains emplacements permettent de séjourner avec son chien.


Il faut aimer le camping. Le vrai !


Il faut aussi accepter que le chemin fasse partie du voyage et être prêt à faire un bon moment de lavette sur les routes forestières (41 km) — cette expression bien québécoise qui décrit parfaitement la sensation d'être brassé comme dans une vieille machine à laver pendant que le contenu du véhicule développe tranquillement une nouvelle organisation intérieure.


Toutefois, chaque année, lorsque la forêt s'ouvre enfin devant nous, je me rappelle pourquoi nous revenons. Et cette année, pour la première fois, Nukka était du voyage.


Partir en camping avec un chiot, c'est accepter que les vacances changent

J'aurais pu planifier nos journées autour de tout ce que moi j'avais envie de faire. J'adore marcher longtemps en forêt, partir plusieurs heures, avancer jusqu'à avoir les jambes lourdes et cette agréable fatigue qui arrive lorsqu'on a passé une bonne partie de la journée dehors. J'aurais aimé faire de longues randonnées pendant ces vacances, mais nous avions un chiot.


Et partir en vacances avec son chien, particulièrement lorsqu'il est encore tout petit, demande parfois de faire le deuil du programme qu'on avait imaginé pour découvrir celui que notre chien est réellement capable de vivre avec nous.


Nukka aurait théoriquement pu apprendre à voyager dans un sac à dos lorsque ses petites pattes auraient eu suffisamment marché. Seulement, il n'a absolument pas le profil du chiot qui observe paisiblement le paysage depuis son perchoir pendant que son humaine accumule les kilomètres. Il veut sentir, regarder, courir, découvrir ce qui se trouve derrière le prochain arbre et, surtout, être le premier à savoir où mène le chemin. Toujours devant !


Avec cette conviction presque comique que si quelqu'un doit ouvrir la marche, ce sera lui. Alors nous n'avons pas fait les grandes randonnées que j'avais imaginées. Nous en avons fait de petites, entrecoupées de balades, de baignades, de moments de repos, d'explorations et de chemins forestiers où les chiens pouvaient retrouver davantage leur rythme naturel pendant que nous avancions tranquillement derrière eux.


Curieusement, je n'ai pas eu l'impression de renoncer à mes vacances, mais j'ai dû apprendre à les regarder autrement.


Préparer le voyage avant même de prendre la route

Les premières vacances de Nukka ont commencé bien avant notre arrivée au lac Normand. Nous savions qu'il aurait plusieurs heures de voiture à faire et nous ne voulions pas que son transporteur devienne soudainement cette drôle de boîte dans laquelle on enferme un chiot pendant une éternité avant de le libérer dans un endroit complètement inconnu. Nous avions donc commencé à le familiariser avec celui-ci plus d'une semaine avant le départ, tranquillement, jusqu'à ce qu'y entrer et s'y coucher deviennent quelque chose de banal.


Le jour venu, il a voyagé comme un champion. Mon conjoint avait même installé une petite fan afin de maintenir une bonne circulation d'air lorsque le soleil frappe davantage la vitre arrière, tandis que Chandler avait son propre espace juste à côté.


Nous aurions évidemment pu laisser les deux chiens ensemble à l'arrière du véhicule.

Nukka aurait probablement trouvé l'idée formidable, mais pour la santé mentale de Chandler, nous avons choisi une autre option.


Ce petit détail résume d'ailleurs assez bien ce que signifie voyager avec plusieurs chiens : le confort de l'un ne devrait pas être obtenu au détriment de celui de l'autre. Ce qui semble amusant pour un chiot débordant d'énergie peut devenir épuisant pour un chien adulte qui aimerait simplement dormir pendant le trajet, et les vacances appartiennent aussi à Chandler.


Le monde immense des premières fois

Je crois que ce qui m'a le plus fascinée pendant ces quelques jours a été de regarder Nukka découvrir. Pour nous, il s'agissait d'un endroit connu. Pour lui, presque tout était nouveau.

Il a fait sa première véritable petite randonnée, une montée d'environ 750 mètres qu'il a attaquée avec l'assurance d'un explorateur persuadé qu'une terre inconnue l'attendait au sommet. Il a couru sur les chemins forestiers, découvert la plage, nagé, poursuivi des grenouilles avec les enfants et rencontré Rosie, une jeune chienne goldendoodle de quatre ans avec qui le coup de foudre a été pratiquement instantané. Rosie avait beaucoup d'énergie, mais Nukka en avait davantage. Son humaine n'en revenait pas et moi, disons que j'étais moins surprise.


Puis il y a eu sa première saucisse cuite sur le feu. Événement qui, à en juger par son expression, se situe probablement très haut dans la liste des découvertes majeures de son existence.


Pendant ce temps, Chandler était Chandler. Il se promenait avec cette douceur qui le caractérise, attirait les gens comme un aimant et recevait les caresses de ceux qui venaient le rencontrer, pendant que son petit frère s'occupait de rappeler à tout le monde que le calme et la maturité sont des acquisitions qui prennent un certain temps.


Chien de chasse noir et blanc en harnais violet sur le sable, sous une table en bois, avec serviette bleue et texte Feath-R-Lite
Nukka qui profite de la plage pour relaxer

Découvrir le paddleboard sans avoir besoin de réussir à tout prix

Le paddleboard fait partie de nos vacances depuis longtemps et Chandler connaît déjà très bien la routine. Pour Nukka, je voulais simplement que cette grande planche étrange devienne une chose parmi tant d'autres dans son environnement, sans objectif à atteindre et surtout sans obligation d'aimer ça.


Nous avons donc commencé sur le bord du lac, avec du temps, quelques gâteries et la possibilité de monter, de descendre, de regarder et de réfléchir. Puis Chandler et moi sommes partis et Nukka nous a vus nous éloigner.


Il aura finalement fallu beaucoup moins de persuasion que prévu pour lui faire comprendre que cette planche pouvait avoir un certain intérêt, car il voulait absolument nous rejoindre.


Il a ensuite partagé ma planche avec Chandler à plusieurs reprises et, fidèle à son enthousiasme habituel, a même expérimenté une sortie involontaire directement dans le lac. Il sait maintenant que le paddleboard flotte et nous savons que Nukka aussi (il avait sa veste de flottaison).


Derrière l'anecdote, il y a quelque chose auquel je tiens énormément lorsque je parle d'activités avec nos chiens : le succès ne devrait pas se mesurer au nombre de choses que nous sommes capables de leur faire faire.


Un chien qui monte sur un paddleboard n'a pas « mieux réussi » qu'un chien qui préfère rester sur la rive. Certains vont grimper dessus avec enthousiasme. D'autres auront besoin de plusieurs expériences avant de s'y sentir confortables. Et certains nous diront peut-être très clairement que cette activité n'a absolument aucun intérêt à leurs yeux et ils ont le droit.


Le but n'était pas que Nukka devienne un chien de paddleboard. Mon but était de lui permettre de découvrir quelque chose et de voir ce qu'il choisirait d'en faire.


Femme en gilet de sauvetage pagayant sur un lac calme avec deux chiens en gilet orange sur sa planche, sous un ciel nuageux.
Premières fois de Nukka en paddle

Un petit harnais qui risque de faire jaser

Sur certaines photos de nos vacances, les yeux habitués aux sports attelés remarqueront probablement quelque chose : Nukka porte un petit harnais de traction. Et avant que quelqu'un imagine déjà bébé Nukka lancé à pleine vitesse devant un vélo, précisons tout de suite une chose importante : nous n'avons commencé aucun entraînement de traction. Il est beaucoup trop jeune pour ça !


Dans notre quotidien, nous privilégions souvent la laisse longue afin qu'il puisse explorer avec davantage de liberté, mais certains des parcours empruntés pendant nos vacances rendaient cette option moins sécuritaire. Or, Nukka a déjà une très forte tendance naturelle à vouloir aller vers l'avant et son harnais de marche créait alors des points de tension et des frottements que je ne souhaitais pas lui imposer inutilement.


J'ai trouvé un petit harnais de traction qui lui faisait comme un gant et qui me permettait, dans ce contexte précis, de mieux répartir les tensions lorsqu'il décidait que toute la famille marchait beaucoup trop lentement à son goût.


Porter un harnais conçu pour répartir une tension n'est pas la même chose qu'entraîner un chiot à tracter.


Les sports attelés viendront plus tard, lorsque son développement physique le permettra. Les directives viendront progressivement et la marche en laisse aussi. Je ne ressens aucune urgence à transformer chaque comportement de chiot en exercice d'entraînement.


Il aura des années pour devenir un chien adulte, mais, pour l'instant, je préfère lui laisser le temps d'être Nukka.


Deux chiens en harnais orange sur un sentier rocheux en forêt, l’un noir et blanc, l’autre brun moucheté, air alerte.
Chandler et Nukka prêts pour leur randonnée

Quarante kilomètres de lavette pour un petit bout de paradis

Il y a un endroit, quelque part dans cette immense réserve, que nous aimons particulièrement. Cette année, nous avons décidé d'y emmener les parents des amis de Nicolas pour le leur faire découvrir. Je pourrais vous donner son emplacement, mais non. Je vais garder au moins ce petit secret-là !


Disons simplement qu'il faut être suffisamment motivé pour accepter près de 40 kilomètres de chemin forestier qui te font momentanément remettre en question ton amour de la nature et vérifier quelques fois si toutes les pièces de ton véhicule semblent encore attachées.


Puis on arrive et, soudainement, plus rien ne presse. Il y a un lac immense et tranquille, des rochers chauffés par le soleil sur lesquels on peut s'allonger, une cascade qui vient s'accumuler autour d'un énorme rocher, de l'eau où se baigner, et cette forêt boréale qui donne parfois l'impression d'être beaucoup plus loin de la maison qu'on ne l'est réellement.

Et surtout, il n'y avait personne. Nada.


Les chiens ont pu profiter de l'eau et explorer les lieux avec nous, pendant que les enfants découvraient ce qui les entourait et que les adultes faisaient cette chose devenue étrangement difficile dans nos vies remplies : être quelque part sans avoir besoin de passer immédiatement à la prochaine activité.


C'est aussi là que je retrouve une flore que j'aime particulièrement et que je cueille, avec parcimonie, un peu de thé du Labrador, de thé des bois et quelques bleuets. Je suis revenue avec une petite réserve personnelle qui pourrait théoriquement me durer plusieurs semaines, peut-être quelques mois. Tout dépendra maintenant de ma définition du mot raisonnable.


Chien gris harnaché d’orange boit au bord d’une rivière, rochers et forêt en arrière-plan, une personne au loin.
Nukka qui découvre notre petit coin de paradis

Le lac Normand avec son chien : un endroit à découvrir… et à préserver !

Le camping du lac Normand, dans la réserve faunique du Saint-Maurice, permet de séjourner avec un chien sur certains emplacements. Il faut toutefois vérifier les règles et les emplacements autorisés directement auprès de la Sépaq au moment de la réservation, puisque les conditions peuvent varier.


Et si jamais cet article te donne envie d'y aller, j'ai une seule faveur à te demander : prends soin de cet endroit, svp !


Pas parce qu'il m'appartient, mais justement parce qu'il n'appartient à personne.


Respecte les règles concernant les chiens, la tranquillité des autres campeurs, la faune et la flore. Ramène ce que tu apportes. Évite de laisser ton chien déranger les animaux sauvages ou les autres visiteurs. Et laisse derrière toi le moins de traces possible de ton passage.

Il existe encore des endroits où l'on peut s'asseoir au bord d'un lac et entendre principalement le vent, l'eau et la forêt.


J'aimerais que les enfants de Nicolas puissent, eux aussi, connaître ça un jour.


Des vacances en camping avec son chien… ou des vacances en camping pour son chien?

En quittant la réserve, j'ai eu cette impression que beaucoup connaissent probablement.

Déjà ? C'est fini ? Je n'ai pas eu le temps d'en profiter suffisamment et puis j'ai commencé à repenser à nos journées. Aux randonnées, aux chemins forestiers et aux baignades. Aux heures passées sur le lac, dont une longue excursion en paddle avec mon conjoint qui s'est terminée sur une petite plage de sable où nous avons accosté en amoureux — enfin, aussi amoureux qu'on puisse l'être avec deux chiens comme chaperons.


J'ai pensé à Nicolas et à ses amis qui se retrouvent maintenant depuis environ six ans au même endroit, qui grandissent ensemble entre les vélos, les grenouilles, les bracelets, les bleuets, la baignade et les roches peinturées.


J'ai pensé à mes presque deux livres lus au soleil, installée sur la plage ou dans ma chaise papasan, avec Nipishish de Michel Noël entre les mains et suffisamment de temps devant moi pour oublier, momentanément, ce qui m'attendait au retour.


Et je me suis rendu compte que j'avais peut-être confondu profiter davantage avec faire davantage.


Nos vacances avec Nukka nous ont obligés à ralentir. Nous n'avons pas parcouru autant de kilomètres que nous aurions pu le faire avec deux chiens adultes. Nous avons modifié certaines journées. Nous sommes revenus plus tôt lorsque c'était nécessaire. Nous avons choisi des activités permettant à un chiot de participer sans lui demander de suivre le rythme physique d'un adulte.

Et pourtant, rien ne manquait.


C'est peut-être même Nukka qui nous a rappelé quelque chose que nous oublions facilement : il n'est pas nécessaire d'aller très loin lorsqu'on prend réellement le temps d'être quelque part.


Voyager avec son chien, c'est apprendre à faire de la place à ses besoins

Lorsqu'on cherche un camping avec son chien au Québec ou qu'on prépare des vacances avec un chiot, on pense naturellement aux endroits où les chiens sont acceptés.

C'est important, mais j'ajouterais une autre question, peut-être encore plus importante :

Est-ce que les vacances que j'imagine conviennent au chien qui m'accompagne?


Parce qu'un endroit dog friendly ne garantit pas que notre chien y sera bien.

Un chien sensible aux bruits ou aux inconnus pourrait trouver un camping bondé extrêmement difficile. Un chiot pourrait avoir besoin de beaucoup plus de repos que ce que notre programme prévoit. Un chien qui n'aime pas l'eau n'a aucunement besoin de devenir amateur de paddleboard parce que nous le sommes. Et un chien qui adore marcher n'a pas pour autant besoin de suivre tous les kilomètres dont un humain adulte est capable.


Partir avec eux demande parfois de raccourcir une randonnée, de changer de destination, de prévoir un endroit où dormir tranquillement ou simplement d'accepter qu'une journée entière passée près d'un lac puisse être une journée parfaitement remplie.


Voyager avec son chien, ce n'est pas seulement trouver une destination qui accepte sa présence. C'est lui faire une véritable place dans le voyage. Et parfois, en adaptant nos vacances à leurs limites, on finit par redécouvrir les nôtres.


Puis, quelque part devant moi, j'ai revu Kimik

Il y a finalement eu une autre présence pendant ces vacances. Une présence qui n'était pas réellement là et plus les semaines passent et plus certains petits détails chez Nukka viennent réveiller des souvenirs de Kimik.


Ils ne sont pas le même chien et je ne voudrais jamais qu'ils le soient. Nukka aura sa personnalité, ses forces, ses fragilités et son propre chemin à tracer, mais il y a quelque chose dans sa façon d'avancer. Cette curiosité presque insatiable. Cette envie d'être devant. Ce petit corps encore maladroit qui semble déjà convaincu que son rôle consiste à découvrir le chemin avant nous et qui se retourne parfois comme pour vérifier que le reste de son équipe a eu la bonne idée de suivre.


Kimik était mon chien de tête. Il a couru devant moi pendant tellement d'années que certaines images semblent encore inscrites quelque part dans mon corps : son dos devant moi, le sentier qui défile, cette confiance étrange qui existe lorsqu'on accepte de suivre un chien qui sait exactement ce qu'il veut faire. Je ne cherche pas Kimik dans Nukka, mais parfois, sans prévenir, Nukka me le rappelle.


Et sur ces chemins forestiers de la réserve faunique du Saint-Maurice, alors que je regardais ce petit braque vouloir encore une fois être le premier à découvrir ce qui nous attendait après le prochain tournant, j'ai senti remonter quelques-uns de ces souvenirs que je croyais rangés.


Je pensais partir en vacances pour découvrir le camping avec Nukka, lui montrer la forêt, les lacs, les chemins, le paddleboard et toutes ces choses qui font partie de notre famille. Finalement, pendant que je lui faisais découvrir un petit morceau de notre monde, c'est lui qui m'a ramenée vers un petit morceau du mien. Et peut-être que les plus beaux voyages sont aussi ceux-là. Ceux dont on revient en ayant parcouru moins de kilomètres que prévu, mais avec l'impression d'être allée beaucoup plus loin.


Fanny Mahingan et son chien Kimik sur les sentiers de la Grande Ourse.
Kimik et moi sur les sentiers de la Grande Ourse


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